Dans un contexte où les femmes restent confrontées à des obstacles d’accès aux réseaux professionnels, aux ressources économiques et aux espaces de décision, une nouvelle initiative entend miser sur la force du collectif. La juriste et diplomate Ophnide Orelus Renfort annonce la création du Regroupement des Femmes Haïtiennes (REGFAHA), conçu comme un espace de formation, de réseautage, d’accompagnement et de valorisation des compétences des femmes. L’organisation veut réunir des Haïtiennes issues de différents secteurs autour de valeurs communes : solidarité, entraide, transmission des connaissances, développement professionnel et participation à la vie de la société.
L’initiative rejoint une réalité observée à l’échelle internationale : les organisations de femmes constituent des relais importants pour transformer des compétences individuelles en capacités collectives. Elles organisent des formations, créent des réseaux professionnels, accompagnent les entrepreneures, interviennent auprès des communautés, défendent les droits des femmes et contribuent à faire remonter leurs préoccupations vers les institutions. L’ampleur de cet écosystème est considérable. Dans son bilan 2024-2025, ONU Femmes rapporte avoir renforcé les capacités de 16 600 organisations dans 95 pays et investi 219,6 millions de dollars américains dans des organisations de la société civile œuvrant pour l’égalité entre les femmes et les hommes. L’organisation indique également que 104 pays ont élargi la participation de la société civile à l’élaboration des politiques et aux processus décisionnels.
Ces réseaux conservent toute leur importance parce que la présence des femmes dans les lieux de décision demeure minoritaire. Au 1er janvier 2026, elles occupaient seulement 27,5 % des sièges dans les parlements nationaux du monde, selon l’Union interparlementaire. La progression reste lente : cette proportion n’était que de 27,2 % un an auparavant, soit une augmentation de seulement 0,3 point. Plus révélateur encore, la part des femmes à la présidence des parlements est tombée à 19,9 %, avec 54 femmes occupant cette fonction.
Le constat s’étend au domaine économique. Le rapport Women, Business and the Law 2026 de la Banque mondiale, qui analyse 190 économies, conclut que l’égalité juridique complète reste hors de portée pour les femmes partout dans le monde. L’étude souligne surtout l’écart persistant entre l’existence des lois, les dispositifs destinés à les appliquer et leur mise en œuvre réelle. Dans ce contexte, disposer d’un réseau capable de transmettre de l’information, d’orienter vers des formations, de créer des connexions professionnelles et de partager des opportunités peut constituer un complément concret aux réformes institutionnelles.
En Haïti, le potentiel des réseaux féminins est déjà mesurable
L’expérience haïtienne fournit elle-même un exemple particulièrement significatif de cette capacité de mobilisation. ONU Femmes rapporte qu’une alliance regroupant 11 plateformes et réseaux rassemble 791 organisations féminines et environ 249 000 membres réparties dans les dix départements du pays. Cette structure collective travaille notamment sur le leadership, la participation des femmes, la paix et la prévention des violences basées sur le genre. Ces chiffres montrent que l’organisation collective des femmes en Haïti n’est pas marginale : elle constitue déjà un tissu social étendu sur l’ensemble du territoire.
Cette capacité d’organisation prend une dimension encore plus importante dans le contexte de crise que traverse le pays. Selon les données publiées par ONU Femmes en 2025, 47 % des femmes et des filles en Haïti avaient besoin d’une assistance humanitaire. Environ un million de ménages dirigés par des femmes étaient confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. Dans les sites de déplacement, cette situation touchait 65 % des ménages ayant une femme à leur tête. L’organisation internationale recommande notamment de soutenir les organisations féminines afin qu’elles puissent défendre les besoins des femmes et fournir des services aux survivantes de violences.
C’est dans cet environnement que REGFAHA souhaite trouver sa place. Selon les premières informations disponibles sur l’organisation, Ophnide Orelus Renfort veut réunir des femmes aux parcours différents, issues notamment de l’administration, des affaires, du monde professionnel, de la société civile et d’autres secteurs. Le projet prévoit le partage d’informations et d’expériences, des activités de formation, le renforcement des capacités et la création de connexions susceptibles de faciliter l’accès à de nouvelles opportunités. Sa fondatrice précise par ailleurs que REGFAHA se définit comme une initiative sociale, éducative, professionnelle et citoyenne, et non comme une organisation politique.
L’un des intérêts d’un tel regroupement réside précisément dans la diversité de ses membres. Une entrepreneure peut partager son expérience avec une jeune professionnelle ; une juriste transmettre des connaissances utiles à une porteuse de projet ; une journaliste contribuer à la visibilité d’initiatives féminines ; une spécialiste des ressources humaines accompagner la préparation professionnelle ; tandis que des femmes expérimentées peuvent servir de mentors à celles qui commencent leur parcours. Le réseau devient alors un espace de circulation des compétences plutôt qu’une simple addition de membres.
Cette logique répond également à un problème souvent moins visible : l’opportunité n’est pas uniquement une question de compétence. Elle dépend aussi de l’accès à l’information, aux contacts, aux financements, à la formation et aux espaces où les décisions se prennent. C’est précisément sur ces passerelles que REGFAHA affirme vouloir travailler, en rapprochant des femmes qui possèdent des savoir-faire de celles qui peuvent transmettre une expérience, une information ou une possibilité de collaboration.
Pour REGFAHA, le véritable défi commencera toutefois après sa création. La pérennité d’un réseau féminin se mesure à sa capacité à transformer la solidarité annoncée en résultats observables : nombre de femmes formées et accompagnées, mentorats créés, partenariats conclus, opportunités professionnelles obtenues, projets soutenus ou encore présence dans les différentes régions du pays. La mise en place d’indicateurs permettra ainsi d’évaluer dans le temps l’impact réel du regroupement.
Dans une société où les compétences féminines existent déjà dans le droit, la diplomatie, l’entrepreneuriat, les médias, l’éducation, la culture, l’administration et de nombreux autres domaines, l’enjeu n’est donc pas uniquement de rappeler que les femmes ont du potentiel. Il consiste aussi à construire des mécanismes capables de connecter ces compétences et de les transformer en possibilités concrètes.
Avec REGFAHA, Ophnide Orelus Renfort fait le pari de cette mise en commun. À l’image des centaines d’organisations féminines déjà actives en Haïti et des milliers de structures accompagnées à travers le monde, le nouveau regroupement pourra trouver sa pertinence dans sa capacité à créer des passerelles entre les femmes. Car lorsqu’un réseau partage des valeurs communes, les connaissances de l’une peuvent devenir une ressource pour plusieurs, l’expérience d’une autre peut ouvrir une voie, et une opportunité individuelle peut progressivement produire un effet collectif.
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