Dans un univers artistique encore largement dominé par les hommes, notamment dans le domaine du graffiti et de l’art urbain, Dashka-Rheyna Charlemagne s’impose comme l’une des voix les plus originales et engagées de sa génération. Peintre, graffeuse, activiste féministe et membre du collectif Nègès Mawon, elle construit depuis plusieurs années une œuvre qui mêle création artistique, mémoire collective et réflexion sur la condition des femmes en Haïti.
Formée en histoire de l’art au Centre d’Art, Dashka-Rheyna appartient à cette nouvelle génération d’artistes qui refusent de séparer l’esthétique de l’engagement. Son travail explore des thèmes liés à l’identité, au corps, à la mémoire et aux rapports de pouvoir. À travers la peinture, les installations et surtout le graffiti, elle investit l’espace public pour interroger les réalités sociales et donner une visibilité nouvelle aux voix souvent marginalisées.
Ce qui distingue particulièrement son parcours est son choix du graffiti comme moyen d’expression. Longtemps associé à une pratique masculine, l’art urbain devient entre ses mains un outil de réappropriation de l’espace et de revendication. Dans les rues d’Haïti, ses œuvres contribuent à faire émerger une présence féminine dans un milieu où les femmes demeurent encore peu représentées. Son engagement au sein de Nègès Mawon renforce cette démarche, en plaçant l’art au service des luttes pour l’égalité et la justice sociale.
Le rayonnement de son travail dépasse aujourd’hui les frontières haïtiennes. Le 3 juin 2026, ses œuvres ont été présentées à la Bibliothèque universitaire des Lettres de l’Université de Limoges, dans le cadre du colloque international consacré à René Depestre, intitulé « René Depestre : MER-veilleuses réalités ». À cette occasion, l’artiste a proposé une lecture contemporaine et critique de l’œuvre de l’écrivain, notamment autour de la représentation des femmes noires dans la littérature haïtienne moderne.
Dans un message publié sur Instagram, Dashka-Rheyna Charlemagne a expliqué avoir cherché à mettre sa création plastique en dialogue avec l’univers de René Depestre tout en questionnant certaines représentations héritées du passé. Elle s’interroge notamment sur la notion de « femme jardin », figure féminine libre et sensuelle souvent présente dans l’œuvre de l’auteur, estimant que les femmes noires existent bien au-delà des catégories et stéréotypes qui leur ont été historiquement assignés.
Cette démarche illustre parfaitement la singularité de son parcours : une artiste qui ne se contente pas de produire des images, mais qui utilise l’art comme un espace de réflexion, de débat et de transformation sociale. À travers son travail, Dashka-Rheyna Charlemagne participe à renouveler le regard porté sur l’art haïtien contemporain tout en affirmant la place des femmes dans les mouvements culturels, intellectuels et urbains.
À une époque où les questions de représentation et d’égalité occupent une place croissante dans les débats artistiques internationaux, son œuvre rappelle que les murs, les toiles et les espaces d’exposition peuvent aussi devenir des lieux de résistance, de liberté et d’émancipation. Pour de nombreuses jeunes Haïtiennes, elle incarne ainsi une figure inspirante : celle d’une femme qui transforme l’art en langage,
NOUV’ELLES
