Haïti a marqué, le lundi 28 septembre 2026, la Journée mondiale du tourisme autour du thème « Le numérique et l’intelligence artificielle pour repenser le tourisme ». Organisée à l’Hôtel Royal Oasis, à Pétion-Ville, sous la conduite de la ministre du Tourisme, Stéphanie Smith, la cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des représentants du corps diplomatique ainsi que des acteurs du secteur touristique.
Cette orientation rejoint le thème international retenu en 2026, « Digital Agenda and Artificial Intelligence to Redesign Tourism ». Dans son message pour la Journée mondiale du tourisme, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a rappelé que l’intelligence artificielle transforme déjà la manière dont les voyageurs choisissent leurs destinations, dont les entreprises fonctionnent et dont les expériences touristiques sont conçues. Il souligne toutefois que la technologie doit rester au service des populations, des travailleurs du secteur et des communautés locales.
En Haïti, Stéphanie Smith a défendu cette même recherche d’équilibre. La ministre estime que l’intelligence artificielle et les outils numériques peuvent contribuer à mieux raconter l’histoire du pays, promouvoir ses destinations, concevoir des itinéraires ou encore faciliter certains services aux voyageurs. Mais elle insiste sur la nécessité de préserver la dimension humaine du tourisme : les guides, agents de voyages et professionnels locaux restent indispensables pour transmettre l’histoire, les émotions et l’identité attachées au patrimoine haïtien.
La ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, Kathia Verdier, présente à l’activité, a pour sa part mis l’accent sur le potentiel des plateformes numériques pour améliorer la visibilité d’Haïti à l’extérieur. Elle a également souligné le rôle que peut jouer la diaspora dans la promotion du patrimoine national et des destinations touristiques, notamment des sites emblématiques comme la Citadelle Henry et le Palais Sans-Souci.
Cette réflexion sur le numérique intervient alors que le tourisme demeure un secteur économique majeur à l’échelle internationale. Selon les Nations Unies, il représentait environ 10 % du PIB mondial en 2024 et soutenait un emploi sur dix. Les femmes représentaient par ailleurs 40 % des emplois directs du secteur, tandis que les jeunes de 15 à 24 ans constituaient 15,5 % de sa main-d’œuvre mondiale. Ces données illustrent aussi les possibilités que peut offrir le tourisme en matière d’emploi, d’entrepreneuriat et d’autonomisation économique.
50 bourses pour préparer les jeunes aux nouveaux métiers du tourisme
L’un des éléments concrets annoncés à l’occasion de cette célébration concerne la formation. En partenariat avec ONU Tourisme, le ministère du Tourisme prévoit 50 bourses entièrement financées à destination de jeunes de moins de 35 ans. Les formations annoncées portent notamment sur le management touristique, les tendances numériques, l’innovation et le tourisme rural. Une attention particulière doit également être accordée à la participation des jeunes femmes.
Cette initiative correspond aux priorités affichées par ONU Tourisme, qui place la transformation numérique, l’innovation, la formation, l’entrepreneuriat et la protection du patrimoine parmi ses principaux axes d’intervention. L’organisation considère le tourisme comme un secteur pouvant contribuer à la croissance économique, à la création d’emplois et au développement des communautés locales lorsqu’il est développé de manière responsable et durable.
Pour Haïti, le potentiel numérique peut prendre plusieurs formes : renforcer la présence en ligne des destinations, permettre aux petites entreprises touristiques de toucher directement une clientèle internationale, développer des visites virtuelles, améliorer l’accès aux informations sur les sites historiques, proposer des contenus multilingues ou encore donner davantage de visibilité aux artisans, restaurateurs, guides et entrepreneurs locaux. L’IA peut également faciliter la personnalisation des itinéraires et certains services de traduction, comme l’a évoqué Stéphanie Smith.
La ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Raina Forbin, également présente, a rappelé le passé touristique d’Haïti dans la Caraïbe et le rôle que peuvent jouer les représentations diplomatiques dans la valorisation du pays. « Le tourisme haïtien a une histoire, il doit maintenant avoir un nouvel avenir », a-t-elle déclaré.
Mais la technologie ne suffira pas, à elle seule, à relancer le secteur. Les responsables présents ont également reconnu le poids de la situation sécuritaire sur l’activité touristique et sur la confiance des visiteurs et des investisseurs. Le représentant du Premier ministre a réaffirmé à cette occasion que l’amélioration des conditions de sécurité constitue un élément important pour permettre une reprise plus soutenue du tourisme.
Pour Stéphanie Smith, la relance doit aussi passer par une « reconquête intérieure » : encourager les Haïtiens à redécouvrir leur propre territoire et permettre aux communautés de mieux valoriser leurs patrimoines historique, culturel, naturel et gastronomique. L’enjeu consiste ainsi à utiliser les nouvelles technologies non pour remplacer l’identité d’une destination, mais pour lui donner de nouveaux moyens de se raconter.
À l’heure où le numérique transforme profondément les habitudes de voyage, Haïti dispose donc d’un nouvel espace à explorer. L’enjeu sera de convertir les annonces en outils accessibles aux professionnels, aux jeunes et aux communautés, tout en travaillant sur les conditions indispensables au développement du secteur. L’intelligence artificielle peut aider à montrer une destination ; la relance durable du tourisme haïtien dépendra aussi de la sécurité, des infrastructures, de la formation, de la qualité des services et de la capacité du pays à préserver et valoriser ce qui le distingue : son histoire, sa culture et son patrimoine.
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