Sur les côtes du Grand-Nord haïtien, la mer continue de rythmer la vie quotidienne, mais elle nourrit de moins en moins les communautés qui en dépendent. Face à la baisse des captures, à la dégradation des mangroves et aux effets du changement climatique, les populations côtières tentent de s’adapter. Dans cette réalité marquée par l’incertitude, les femmes apparaissent aujourd’hui comme des actrices essentielles de transformation économique et sociale.
Selon les données présentées dans une analyse soutenue par le Programme des Nations Unies pour le développement, les femmes jouent un rôle stratégique dans la chaîne de valeur de la pêche artisanale. Longtemps confinées à des fonctions peu reconnues, elles sont désormais en première ligne dans la transformation, la conservation et la commercialisation du poisson. Grâce à l’introduction de fumoirs améliorés et d’équipements collectifs, certaines communautés ont réussi à réduire les pertes post-capture de près de 40 %, tout en renforçant l’autonomie économique des femmes.
Au-delà de leur rôle économique, ces femmes portent aussi des initiatives locales liées à la préservation des ressources marines et au développement communautaire. Entre gestion artisanale, organisation de circuits locaux et participation à des projets de conservation, elles contribuent à maintenir un équilibre fragile entre survie économique et protection de l’environnement. Dans plusieurs zones du Nord, ces initiatives s’inscrivent dans une approche plus large de l’« économie bleue », qui cherche à concilier développement, justice sociale et durabilité écologique.
Alors que la crise environnementale et économique fragilise davantage les communautés côtières, ces expériences rappellent que les solutions émergent souvent des territoires eux-mêmes. Derrière les filets, les fumoirs et les marchés locaux, ce sont des femmes qui réinventent discrètement des formes de résilience, devenant des piliers invisibles mais essentiels de l’avenir des zones maritimes haïtiennes.
Nouv’Elles
