Face à l’aggravation des violences faites aux femmes et aux enfants dans un contexte de crise sécuritaire persistante, le ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF) entend renforcer les dispositifs de protection et d’accompagnement des survivantes. Lors d’une rencontre organisée le lundi 19 octobre 2026, à l’hôtel Montana, à Pétion-Ville, la ministre Pédrica Saint-Jean a notamment annoncé la relance prochaine de la ligne d’urgence 8919 et présenté un projet de création de quatre Maisons des Femmes dans plusieurs départements du pays.
La rencontre, organisée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en collaboration avec le Réseau international francophone de formation policière (Francopol), était consacrée au renforcement des capacités des forces de sécurité et des acteurs intervenant dans la prise en charge des victimes de violences faites aux femmes et aux enfants. Elle visait à favoriser une meilleure coordination entre les institutions chargées de la prévention, de la protection et de l’accompagnement des personnes concernées.
L’activité s’est déroulée en présence de plusieurs représentants institutionnels et diplomatiques, notamment l’ambassadeur de France en Haïti, Gautier Lekens, l’ambassadeur du Canada, Alexandre Côté, le directeur général du ministère de la Justice et de la Sécurité publique, Jean Fallières Bazelais, ainsi que le représentant régional de l’OIF pour les pays de la Caraïbe, Emmanuel V. Adjovi. La directrice départementale par intérim de l’Ouest du MCFDF, Edelyne Vertus, et des représentants d’organisations partenaires ont également participé aux échanges.
Une prise en charge fragilisée par la crise sécuritaire
Dans son intervention, la ministre Pédrica Saint-Jean a attiré l’attention sur les conséquences de la dégradation de la situation sécuritaire sur les femmes et les enfants. Selon elle, cette crise contribue à aggraver leur exposition aux violences tout en rendant plus difficile l’accès aux services de protection et d’assistance.
Les déplacements forcés, l’insécurité dans plusieurs quartiers et les difficultés de fonctionnement de certains services publics constituent autant d’obstacles susceptibles de compliquer le parcours des survivantes qui cherchent à obtenir une assistance médicale, psychosociale ou judiciaire.
Dans ce contexte, la ministre a insisté sur la nécessité de renforcer la collaboration entre les forces de sécurité, les institutions judiciaires, les services sociaux et les organisations spécialisées. L’objectif est de favoriser une prise en charge qui respecte la dignité des victimes, préserve la confidentialité de leurs informations et tienne compte de leurs besoins particuliers.
Cette approche suppose notamment que les intervenants soient suffisamment formés pour accueillir les survivantes sans jugement, éviter leur revictimisation et faciliter leur orientation vers les services compétents.
Ligne d’urgence 8919 et quatre Maisons des Femmes annoncées
Parmi les principales initiatives présentées lors de cette rencontre figure la relance prochaine de la ligne d’urgence 8919, destinée à faciliter le signalement des violences et l’orientation des personnes ayant besoin d’assistance.
Le MCFDF a également annoncé un projet de création de quatre Maisons des Femmes, qui devraient être implantées dans les départements de l’Ouest, de la Grand’Anse, du Centre et de l’Artibonite.
Ces structures envisagées s’inscrivent dans la volonté du ministère d’améliorer l’accessibilité des mécanismes de protection et d’accompagnement des femmes victimes de violences. Toutefois, les informations communiquées ne précisent pas encore le calendrier de mise en service, les ressources financières mobilisées ni les modalités exactes de fonctionnement de ces futures installations.
La relance de la ligne 8919 et la mise en place des Maisons des Femmes constituent ainsi deux mesures annoncées dont la mise en œuvre devra être suivie pour déterminer leur portée réelle dans les communautés concernées.
La formation des forces de sécurité au cœur du dispositif
L’implication de l’OIF et de Francopol dans cette rencontre met également l’accent sur le rôle des forces de sécurité dans l’accueil et l’orientation des victimes de violences.
Les policiers et les autres intervenants chargés de recevoir les plaintes figurent souvent parmi les premiers interlocuteurs des survivantes. Leur capacité à reconnaître les différentes formes de violences, à recueillir les témoignages dans des conditions appropriées et à orienter les victimes vers des services spécialisés représente un élément important du dispositif de protection.
La formation de ces acteurs doit notamment contribuer à améliorer les pratiques professionnelles, à renforcer la confidentialité et à favoriser une intervention respectueuse des droits fondamentaux.
De son côté, la titulaire de la Direction de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles (DLCVFF), Marie Carline Laurenceau, a présenté un état des lieux des violences ainsi que les initiatives entreprises par le ministère en matière de prévention et de prise en charge. Aucun bilan chiffré de cette présentation n’a toutefois été précisé dans le communiqué transmis.
Renforcer la coordination pour améliorer l’accès à la protection
La rencontre du 19 octobre s’inscrit dans les efforts de coopération entre les institutions haïtiennes et leurs partenaires internationaux pour améliorer les mécanismes de réponse aux violences faites aux femmes et aux enfants.
Au-delà du renforcement des capacités, l’efficacité de ces dispositifs dépendra de la disponibilité des services sur le terrain, de leur accessibilité pour les populations vulnérables et de la continuité de l’accompagnement offert aux survivantes.
La coordination entre le MCFDF, les services de police, les structures judiciaires, les établissements de santé et les organisations de la société civile demeure particulièrement importante pour éviter que les victimes ne soient contraintes de multiplier les démarches sans recevoir une assistance adaptée.
À travers les mesures présentées par Pédrica Saint-Jean, le MCFDF réaffirme son intention de développer une réponse institutionnelle plus structurée face aux violences basées sur le genre.
La relance annoncée du 8919, le projet des quatre Maisons des Femmes et la formation des acteurs de sécurité constituent les principaux axes évoqués lors de cette rencontre. Leur concrétisation et leur accessibilité seront déterminantes pour améliorer les conditions de protection et de prise en charge des survivantes en Haïti.
Nouv’Elles Média
