À travers une mise en scène à la fois artistique et spirituelle, l’événement TRIZILI a offert un moment rare de reconnexion aux racines culturelles haïtiennes. Inspiré des figures d’Erzuli Freda, Erzuli Dantò et Erzuli Je Wouj, ce spectacle s’inscrit dans la tradition du vodou haïtien, où ces trois lwa incarnent une trinité féminine puissante : l’amour, la force et la vision.
Présent à cette activité socio-culturelle, le média Nouv’Elles a assisté à une soirée structurée en deux temps : un espace de réflexion porté par des interventions féminines engagées, suivi d’une performance artistique immersive. Modérée par Tamara Lima Saint-Fleur, également organisatrice de l’événement, la première partie a permis d’ouvrir un dialogue sur la place des femmes dans la société haïtienne contemporaine.

Intervenant sur le thème « Spiritualité et place de la femme dans la société », Stéphanie Sophie Louis a rappelé que les femmes représentent plus de la moitié de la population haïtienne. Pourtant, selon elle, leur potentiel reste sous-exploité faute d’accompagnement structuré. Elle insiste sur la nécessité pour les femmes de se connaître elles-mêmes afin de mieux s’affirmer : une condition essentielle pour participer activement à la construction de la « nouvelle Haïti ».
La réflexion s’est poursuivie avec l’intervention de Valeska Maurice, prêtresse vodou, qui a replacé la question du féminin dans une dimension spirituelle. Selon elle, les « fanm vanyan » femmes vaillantes continuent d’exister à travers les énergies d’Erzuli. Ces forces, parfois en sommeil, se manifestent aujourd’hui dans différents secteurs, de la politique à la culture. Elle souligne que ces énergies ne sont pas uniquement réservées aux femmes, mais peuvent également habiter les hommes, traduisant une vision inclusive et universelle du féminin.
Dans le vodou haïtien, les figures d’Erzuli occupent une place centrale. Erzuli Freda incarne l’amour, la beauté et la sensibilité ; Erzuli Dantò, la mère protectrice, symbolise la force, la résilience et la lutte ; tandis qu’Erzuli Je Wouj représente la colère, la justice et la clairvoyance. Ensemble, elles dessinent une cartographie complexe du féminin, loin des stéréotypes réducteurs.
La seconde partie de la soirée a donné corps à cette symbolique à travers une performance chorégraphique portée par Troy Assey, Douma et Amandine. À travers le mouvement, la musique et l’énergie scénique, les trois dimensions d’Erzuli ont été incarnées dans une danse rituelle contemporaine, mêlant esthétique moderne et héritage ancestral.
Au-delà du spectacle, TRIZILI s’impose comme une démarche culturelle et politique. En mobilisant les codes du vodou, souvent marginalisés ou incompris, l’événement réaffirme leur rôle dans la construction identitaire haïtienne. Il propose également une lecture renouvelée du leadership féminin, ancrée dans les traditions mais tournée vers l’avenir.
Dans une société en quête de repères, cette initiative rappelle que les réponses peuvent aussi se trouver dans les savoirs ancestraux. Et que le féminin, dans toute sa complexité amour, force, vision demeure une clé essentielle pour penser et bâtir l’Haïti de demain.
Nouv’Elles
