La succession d’António Guterres à la tête des Nations Unies est entrée dans une phase décisive. Le mandat du diplomate portugais prendra fin le 31 décembre 2026 et son successeur entrera en fonction le 1er janvier 2027. Parmi les personnalités engagées dans cette course figure Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ancienne Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Sa candidature avait été officiellement présentée le 2 février 2026 par le Chili, le Brésil et le Mexique, trois pays qui mettaient alors en avant son expérience politique, son attachement à la démocratie et son parcours international. 

À 74 ans, Michelle Bachelet possède l’un des parcours les plus importants de la vie politique latino-américaine contemporaine. Médecin de formation, elle a connu personnellement les violences de la dictature d’Augusto Pinochet : son père, le général Alberto Bachelet, est mort après avoir été emprisonné et torturé par le régime, tandis qu’elle-même et sa mère ont été détenues avant de partir en exil. Revenue au Chili, elle s’est progressivement imposée dans la vie publique jusqu’à devenir ministre de la Santé, puis première femme ministre de la Défense du pays. Elle a ensuite marqué l’histoire en devenant la première femme élue à la présidence du Chili, fonction qu’elle a exercée à deux reprises, de 2006 à 2010 puis de 2014 à 2018.

Son parcours s’est ensuite largement internationalisé. Entre ses deux mandats présidentiels, Michelle Bachelet a été la première directrice exécutive d’ONU Femmes, de 2010 à 2013. De 2018 à 2022, elle a occupé les fonctions de Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Cette double expérience, nationale et multilatérale, constitue le principal argument de sa candidature : elle connaît à la fois les responsabilités d’un chef d’État et le fonctionnement interne du système des Nations Unies.

Sa candidature porte également une dimension historique. Depuis la création de l’ONU en 1945, neuf hommes se sont succédé au poste de Secrétaire général. Aucune femme n’a jamais dirigé l’organisation. La sélection en cours compte toutefois plusieurs candidatures féminines, dans un contexte où la question de l’égalité entre les sexes au sommet du système multilatéral est devenue difficile à ignorer. Le processus est formellement conduit par le Conseil de sécurité, qui doit recommander un candidat à l’Assemblée générale. Pour être retenue, une candidature doit obtenir au moins neuf voix au Conseil sans subir le veto de l’un de ses cinq membres permanents. 

Mais la route de Michelle Bachelet s’est considérablement compliquée. Le Chili a retiré, le 25 mars, son soutien officiel à sa candidature, estimant que la multiplication des prétendants latino-américains et les rapports de force internationaux rendaient son élection difficile. Sa candidature n’a toutefois pas disparu : le Brésil et le Mexique ont maintenu leur soutien et continuent de défendre son profil. 

Les premiers votes informels du Conseil de sécurité ont cependant confirmé la difficulté de la bataille diplomatique. Selon les informations disponibles début septembre, Bachelet est arrivée septième parmi huit candidats lors du deuxième scrutin indicatif, avec un soutien en recul. Le 3 septembre, interrogée au Chili sur ses chances, l’ancienne présidente a elle-même reconnu, sur le ton de l’humour, qu’elle savait que ses perspectives d’accéder au poste étaient désormais faibles. Son propos témoigne d’un rapport de force moins favorable que ne pouvait le laisser penser le lancement de sa candidature en février. 

La course reste néanmoins politiquement significative. La tradition diplomatique veut que la direction de l’ONU circule entre les différentes régions du monde, et l’Amérique latine et les Caraïbes sont largement considérées comme la région appelée à fournir le prochain Secrétaire général. Mais cette configuration a également provoqué une multiplication des candidatures latino-américaines, parmi lesquelles celles de plusieurs femmes disposant d’une solide expérience diplomatique. 

À quelques jours de l’ouverture de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, la candidature de Michelle Bachelet demeure donc à la fois historique et incertaine. Son parcours incarne une génération de femmes ayant progressivement conquis des fonctions autrefois presque exclusivement masculines : ministre de la Défense, présidente de la République, dirigeante d’ONU Femmes puis Haute-Commissaire aux droits de l’homme.

Qu’elle parvienne ou non au Secrétariat général, sa présence dans cette compétition remet au premier plan une question que l’ONU devra tôt ou tard affronter : après plus de huit décennies d’existence et neuf Secrétaires généraux masculins, quand une femme accédera-t-elle enfin à la plus haute fonction de l’organisation mondiale ? 

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