Un pays en crise, une dirigeante dépassée

La destitution de Dina Boluarte pour « incapacité morale permanente » n’est pas seulement un épisode de plus dans la longue série de convulsions politiques du Pérou : c’est l’effondrement d’une figure qui, malgré son statut de première femme présidente du pays, n’a jamais su se hisser au niveau des responsabilités qu’elle avait volontairement embrassées. Avocate sans véritable maturité politique, parachutée au sommet d’un État ravagé par une crise multidimensionnelle, elle s’est révélée incapable de comprendre la gravité du moment, encore moins d’incarner une autorité lucide. Comme souligne Marie-Christine Doran , politologue, professeure à l’université d’Ottawa et spécialiste de l’Amérique du Sud, la présidente Boluarte a été contestée dès le début, faisant face à des accusations de corruption et à une instabilité politique chronique, avec des tendances autoritaires. Elle a gouverné comme une actrice de circonstance, non comme une femme d’État.

Crédit photo : Wikimedia Commons / Luis Iparraguirre

Le pouvoir : opportunité saisie, ascension reniée

Dès son arrivée au pouvoir le 7 décembre 2022, après la tentative de coup institutionnel de Pedro Castillo, Dina Boluarte s’est retrouvée au centre d’une tempête. Sans majorité, contestée par la gauche qu’elle avait trahie et méprisée par la droite qui l’utilisait par intérêt, elle s’est enfoncée dans un autoritarisme froid, puis dans une gestion brouillonne.
L’affaire du Rolexgate , sa rhinoplastie gardée secrète, ses mensonges administratifs : autant de signes d’une présidente qui confondait prestige et gouvernance, image et devoir. Sa chute, votée par 118 voix contre zéro, fut presque clinique un désaveu unanime. Une page tournée sans regret.

Une dirigeante orgueilleuse, incapable d’assumer

Refusant de se présenter au Congrès pour défendre son mandat, Boluarte a achevé de prouver ce que beaucoup pressentaient : son incapacité à affronter le réel. Sa posture hautaine, son incapacité à lire les rapports de force, sa tendance à cracher sur ceux qui l’avaient portée. Vice-présidente de Pedro Castillo du parti politique d’extrême gauche Perú Libre depuis 2018, elle s’est fait exclure en janvier 2022 après avoir déclaré dans une interview « n’avoir jamais embrassé l’idéologie de Perú Libre », tout en insistant sur ses objectifs d’instaurer un système de santé universel et d’améliorer le dispositif éducatif. « Elle met l’accent dans ses discours sur les populations les plus pauvres et les plus vulnérables », indique Patricia Zarate, politologue péruvienne, chef des études d’opinions de l’IEP Instituto de Estudios Peruanos de Lima.Ils ont fini de la couper de tout soutien. Un comportement de fillette capricieuse dans un jeu qui n’en est pas un. Le pouvoir, pour elle, ne fut pas un instrument de transformation mais un miroir où elle s’est contemplée jusqu’à perdre pied.

Un échec personnel, un revers symbolique pour les femmes

Sa destitution n’aidera peut-être pas le Pérou à sortir du chaos politique, mais elle laisse derrière elle un dommage collatéral plus profond : un coup porté aux luttes des femmes pour accéder aux plus hautes fonctions. Car lorsqu’une femme arrive au sommet et s’y comporte avec légèreté, inconsistance et arrogance, ce n’est pas seulement elle qui chute c’est toute une symbolique fragile qu’elle entraîne dans sa déroute. Dina Boluarte restera donc non comme un modèle, mais comme l’avertissement amer d’un pouvoir mal habité : celui d’une femme qui aurait pu faire l’Histoire, mais avait préféré s’y comporter comme une enfant perdue dans un rôle trop grand pour elle.

Mary Stephanie Laguerre

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