Du 15 au 23 août 2026, la photographie s’est installée dans plusieurs espaces culturels de la région métropolitaine à l’occasion de la deuxième édition d’ImAyiti FestiFoto, initiative portée par le Kolektif Fotograf Ayisyen (KFAY). Expositions, rencontres et activités de transmission ont rythmé cette nouvelle édition, avec une ambition déjà affirmée lors de la création du festival : offrir aux photographes haïtiens un espace d’expression, de collaboration et de rayonnement, tout en utilisant l’image pour raconter autrement Haïti, sa population et sa culture. Des publications consacrées à l’édition 2026 confirment notamment la tenue des premières expositions à partir du 15 août. 

Le festival s’est déployé cette année dans plusieurs lieux, donnant à la photographie une présence plus large dans la ville. Selon le calendrier officiel, des expositions ont été programmées à la Bibliothèque Michèle Tardieu, au restaurant Aïoli et à la Direction nationale du livre (DNL), avant une grande clôture organisée le 23 août à la Place Boyer. Cette circulation des œuvres entre différents espaces participe à l’un des intérêts du festival : sortir la photographie de ses cadres habituels et favoriser une rencontre plus directe entre les artistes, leurs images et le public.

Au fil des expositions, plusieurs photographes ont présenté leur travail, parmi lesquels Phara Étienne, Emmanuel Aristil, Karl Ermeric C. Cajuste, Mackendy Spinoza Cadet, Jeremy Junior Joseph, Meagane Thermil, Louvensky Charlemagne, Samuel Clermont, Saphira Orcel, Geraldine Saint Fleur, Tissé Kervens, Mathias Merzier, Kenley Augustin, Hans Larson Joseph, Pierre Wendy, Gregory Baudin, Katchanie Jenny Jean, Chelton Aïs, Saturné Michelet et John Steeve Saint-Fleur. Une programmation diversifiée qui témoigne de la vitalité d’une scène photographique haïtienne où se rencontrent différentes générations et sensibilités.

Mais cette édition permet surtout de constater une présence féminine significative derrière l’objectif. Phara Étienne, Meagane Thermil, Saphira Orcel, Geraldine Saint Fleur et Katchanie Jenny Jean, notamment, figurent parmi les artistes annoncées dans le calendrier des expositions. Cette participation mérite d’être soulignée dans un domaine où les femmes ont longtemps été davantage placées devant l’objectif que reconnues comme celles qui produisent, construisent et maîtrisent l’image.

Cette évolution n’est pas isolée. La première édition d’ImAyiti FestiFoto avait déjà accordé une visibilité à plusieurs femmes photographes et artistes visuelles, notamment Cassandrine Destima, Gaëlle Séjour, Zarita Zevallos et Fatoumata Diabaté. Cassandrine Destima est par ailleurs présentée comme vice-présidente de l’Association des Femmes Photographes d’Haïti et engagée pour une représentation plus équitable des femmes dans les métiers de l’image. Les archives du festival montrent également que les œuvres de plusieurs femmes avaient été retenues dans son exposition virtuelle internationale. 

Ce constat est important, car la question de la représentation ne concerne pas uniquement qui apparaît sur une photographie, mais également qui décide de la prendre. Derrière un objectif, le ou la photographe choisit le cadre, le sujet, le moment et finalement la mémoire qui sera conservée. Lorsque davantage de femmes occupent cet espace, elles peuvent apporter leurs propres regards sur la société, le corps, la culture, la vie quotidienne, les crises et les résistances haïtiennes.

ImAyiti FestiFoto ne se limite d’ailleurs pas à l’exposition d’œuvres. La programmation 2026 a également réservé une place à la transmission aux nouvelles générations, avec notamment une restitution, le 19 août à la Direction nationale du livre, d’un atelier d’initiation à la photographie destiné aux enfants de 12 à 17 ans. Une dimension pédagogique cohérente avec la volonté du KFAY de contribuer à la professionnalisation et au renouvellement du secteur photographique. Dès le lancement de la première édition, son directeur artistique, Carlin Trezil, présentait le festival comme une plateforme destinée à donner davantage de visibilité aux talents haïtiens et à encourager les jeunes photographes à expérimenter de nouvelles formes de narration visuelle. 

Dans une Haïti dont l’image internationale est très souvent dominée par la violence, l’instabilité politique et la crise humanitaire, la photographie possède également une fonction culturelle essentielle. Photographier le pays, c’est certes documenter ses difficultés, mais c’est aussi préserver ses visages, ses territoires, ses gestes, ses traditions et sa créativité. Le KFAY défend justement l’idée que l’image peut contribuer à montrer la richesse et la beauté du pays sans nier les réalités auxquelles il est confronté. 

La présence accrue des femmes dans un rendez-vous comme ImAyiti FestiFoto porte enfin un message qui dépasse le festival : les femmes haïtiennes ne doivent pas uniquement être regardées, photographiées ou représentées. Elles doivent également pouvoir choisir ce que la société regarde. En occupant davantage la place derrière l’objectif, les photographes femmes participent elles aussi à la fabrication des archives visuelles du pays et à la manière dont l’Haïti d’aujourd’hui sera racontée demain.

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