À Port-au-Prince, la réalité des camps de personnes déplacées continue de s’aggraver sous l’effet de l’insécurité persistante. Face à cette situation, Marie Kemlyne Félix, fondatrice de la plateforme Inspire toi d’Elle, a choisi de quitter l’analyse à distance pour aller à la rencontre des femmes et des jeunes filles vivant dans ces conditions précaires.
Pendant deux jours, elle s’est rendue dans plusieurs camps de déplacés afin d’observer, d’écouter et de comprendre. « Comment parler d’elles sans vraiment les rencontrer ? Sans regarder de mes propres yeux leurs conditions de vie… sans prendre le temps de les écouter, de les comprendre ? », s’interroge-t-elle. Refusant de se limiter aux rapports et aux témoignages indirects, elle explique avoir ressenti le besoin de confronter directement la réalité du terrain.

Au fil des échanges, une autre image de la crise lui apparaît. « Je ne pouvais pas rester derrière mon ordinateur… tout en moi voulait voir, entendre, comprendre », confie-t-elle, décrivant une expérience marquée par des conditions de vie difficiles, mais aussi par la résilience des femmes rencontrées. « J’ai observé. J’ai écouté. J’ai ressenti. Et c’est une autre réalité qui s’est révélée à moi. Une réalité dure, profonde, silencieuse parfois. »
Malgré la précarité, Marie Kemlyne Félix souligne la force de celles qu’elle a rencontrées : « Au-delà de tout, j’ai vu des femmes courageuses. Des femmes debout… qui continuent d’espérer une vie meilleure. » Un constat qui met en lumière la situation particulière des femmes et des filles dans ces espaces, souvent exposées à des vulnérabilités multiples.
Cette immersion a profondément marqué la jeune entrepreneure sociale, qui affirme que sa perception du pays a évolué. « Cette expérience m’a transformée. Mes perspectives ne sont plus les mêmes. Je découvre une autre facette d’Haïti, qu’on ne peut pas comprendre sans s’en approcher », explique-t-elle.
Au-delà du témoignage, son message se veut un appel à l’action. « Pour l’amour de notre humanité… unissons-nous. L’heure est grave. Nous sommes à un carrefour décisif. Ne laissons pas une génération de plus se perdre », lance-t-elle, en s’adressant particulièrement aux jeunes, en Haïti comme dans la diaspora.
« Quelque chose doit changer. Pas demain. Maintenant », insiste-t-elle, avant de conclure en créole : « Kle chanjman an se nan men nou li ye. » Par cette démarche, Marie Kemlyne Félix s’inscrit dans une dynamique de leadership féminin engagée, où comprendre les réalités vécues devient le point de départ d’une action concrète en faveur des femmes et des filles les plus vulnérables.
Nouv’Elles
