La jeune diplomate haïtienne Rose Myrtha Lexima plaide pour une intégration plus affirmée du créole dans la communication publique, estimant que la langue majoritairement parlée par la population doit occuper une place centrale dans les messages des institutions.

Universitaire, polyglotte, internationaliste et engagée dans la promotion de la diplomatie culturelle, elle soutient que la question linguistique dépasse le simple cadre de la communication pour toucher à la démocratie, à l’inclusion et à la dignité nationale.

Selon elle, une communication institutionnelle ne peut être pleinement efficace si elle n’est pas comprise par la majorité des citoyens. Dans le cas d’Haïti, où le créole est la langue de la quasi-totalité de la population, son usage dans les discours officiels apparaît, dit-elle, comme une nécessité démocratique autant qu’un choix stratégique.

Rose Myrtha Lexima rappelle que le créole a longtemps été marginalisé dans les sphères administratives et diplomatiques au profit du français, en raison d’un héritage historique profondément ancré. Pourtant, insiste-t-elle, le créole est une langue à part entière, capable d’exprimer avec rigueur des idées politiques, scientifiques et diplomatiques.

S’appuyant sur son expérience à l’Ambassade d’Haïti en Espagne, où elle a exercé les fonctions de Premier Secrétaire en charge de la culture et du tourisme, elle indique avoir proposé dès 2020 l’intégration du créole dans les communications officielles publiées sur les réseaux sociaux de la mission, aux côtés du français et de l’espagnol.

En fin d’entretien, elle s’exprime ainsi sur ce thème :

« cette approche trilingue a permis d’améliorer la compréhension des messages, de renforcer l’engagement du public et de favoriser un plus grand sentiment d’inclusion. L’usage du créole dans la communication publique ne diminue en rien la portée diplomatique de l’État. Il renforce au contraire la légitimité des institutions en les rapprochant de la population. Valoriser la langue du peuple dans l’espace public revient à reconnaître pleinement l’identité culturelle nationale et à faire de la communication institutionnelle un véritable outil de participation citoyenne. »

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