Le 3 avril 1986 reste une date fondatrice dans l’histoire des luttes féministes en Haïti. Quelques semaines après la chute de la dictature des Duvalier, des centaines de femmes étaient descendues dans les rues de la capitale pour exiger la reconnaissance de leurs droits, marquant ainsi la naissance d’un mouvement structuré et revendicatif. Parmi les figures emblématiques de cette mobilisation, Marie Laurence Lassègue, Danièle Magloire, Clorinde Zéphir, Jessie Ewald Benoît entre autres femmes qui se sont imposées comme des voix fortes de cette génération de pionnières qui ont refusé de rester en marge de la transition démocratique.

Quarante ans plus tard, cet héritage continue de résonner. Ce 2 avril 2026, plusieurs organisations féminines, dont Fanm Angaje pou Ayiti, ont organisé une marche symbolique à Delmas, dans le cadre de la commémoration de cet anniversaire. Le parcours, reliant l’église du Perpétuel Secours au ministère à la Condition féminine et aux Droits des femmes, a rassemblé des femmes déterminées à rappeler que les revendications d’hier restent, pour beaucoup, des combats d’aujourd’hui.

Dans le Grand Nord, la mobilisation s’est également fait sentir. Des centaines de femmes ont défilé dans les rues sous l’impulsion du Collectif des femmes du Nord, réaffirmant leur volonté de participer pleinement aux transformations sociales et politiques du pays. À travers ces actions pacifiques, elles ont porté un message clair : l’égalité ne se décrète pas, elle se conquiert et se défend.

Car si des avancées ont été réalisées depuis 1986, les défis persistent. Inégalités économiques, violences basées sur le genre, sous-représentation dans les sphères décisionnelles : les obstacles restent nombreux. Pourtant, les femmes haïtiennes continuent d’occuper le terrain, de s’organiser et de faire entendre leur voix.

Cette commémoration n’est donc pas seulement un hommage. Elle est un rappel, presque une exigence : celle de ne pas trahir l’engagement des pionnières. Leur combat n’était pas symbolique. Il était politique, radical et profondément ancré dans la volonté de transformer la société.

Aujourd’hui encore, leur héritage interpelle.

Quelle place réelle pour les femmes dans la démocratie haïtienne ?

Et surtout, combien de temps faudra-t-il pour que leurs droits cessent d’être une revendication… pour devenir une réalité ?

Nouv’Elles

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